Lors de la présentation de ses voeux à la presse, Christian Lajoux, le président du Leem -Les Entreprises du médicament, le syndicat des laboratoires pharmaceutiques- est revenu longuement sur les conséquences de l’
affaire Mediator, qui risque de bouleverser la perception du médicament en France. Il a souligné deux points : d’une part, les dérives imputées à Servier ne sont pas représentatives des laboratoires pharmaceutiques et d’autre part, certaines carences, notamment en termes de transparence et d’indépendance, vont devoir être corrigées.
Le marché du médicament se porte plutôt bienAvant d’aborder les conséquences de la crise actuelle, Christian Lajoux a tenu à rappeler le contexte économique du médicament en France : une croissance d’1,1 % en 2010 pour un total de 27,2 milliards d’euros, dont + 0,5 % pour les médicaments remboursables, et + 5 % à l’exportation, soit près de 25 milliards d’euros. Les laboratoires pharmaceutiques emploient en France 106 000 personnes. Le président du Leem a donc tenu à souligner que cette croissance modérée en France s’inscrivait dans les objectifs de maîtrise recommandés par le ministère. Pour prolonger cette bonne santé de l’industrie pharmaceutique, même si le Leem reconnaît le besoin urgent d’évolutions en termes de sécurité et de transparence, “le médicament doit rester un facteur de croissance économique“. Le fait que le médicament ne soit aujourd’hui qu’un élément de la stratégie thérapeutique (multiplication des dispositifs et autres solutions thérapeutiques non médicamenteuses) rend d’autant plus nécessaire l’encouragement vers l’innovation et la sécurité. Mais le système de contrôle du médicament a failli
Christian Lajoux a tout d’abord insisté sur son “émotion“ lors de la
publication du rapport de l’Igas. Selon lui, ce rapport “n‘a pas valeur de mauvais exemple mais nous interpelle sur un certain nombre de médicaments, (…) ce qui doit conduire à une réflexion sans concession pour comprendre et émettre des propositions pour que cela ne se renouvelle pas“ : “notre crédibilité est atteinte“, concède celui qui est également Président de Sanofi-Aventis en France.Mr Lajoux rappelle donc avoir décidé dès le lendemain de la publication du rapport, le 18 janvier, de suspendre les laboratoires Servier (“pour qu’ils puissent assumer leur défense“…). Au-delà de cette affaire, il souhaite que “le Leem améliore ses façons d’être“ et se déclare en faveur de la création d’une “unité d’alerte totalement indépendante du Leem“ pour la surveillance et le suivi des médicaments.Transparence et indépendance : des changements déjà effectués, mais largement insuffisants
Christian Lajoux a également tenu à souligner les efforts du Leem pour améliorer l’efficacité et la sécurité du système depuis plusieurs décennies : mise en place d’études post-AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), notifications directes des effets secondaires par les patients rendue possible, mise en place des plans de gestion des risques, publication des dons effectués aux associations depuis 2009, loi anti-cadeaux pour les médecins depuis la fin des années 90, charte de la visite médicale, certification des visiteurs médicaux et amélioration de leur formation.
Autant de modifications qui ont certes mis fin à des dérives flagrantes, mais qui n’ont néanmoins pas suffi à éviter le scandale Mediator ®, ou d’autres affaires plus ou moins retentissantes :
le retrait du Vioxx ® en 2004, ou plus récemment
le retrait du Ketum ® annulé en Conseil d’Etat sur la demande des laboratoires Menarini, ou encore
les conditions étonnantes de la modification du service médical rendu du Multaq ® au printemps 2009.
Dons, visite médicale, formation… De nouvelles améliorations en vue ?Seuls 90 laboratoires, sur les 270 membres du Leem, ont pour le moment déclaré les sommes qu’ils versent aux associations. Pourtant, une telle déclaration permettrait de mieux connaître le périmètre d’intervention d’une association, et donc d’assurer une meilleure information des patients.
Par ailleurs, l’influence de la visite médicale sur les prescriptions est toujours fortement contestée. Par exemple, la nature amphétaminique du
Mediator ® n’a pas été mentionnée aux médecins par les visiteurs Servier. Au-delà de ce cas, la répétition de messages marketing sur un médicament, même appuyés sur des études scientifiques rigoureuses et vérifiées, a forcément pour objectif direct de faire augmenter les prescriptions, ce qui est logique pour une entreprise privée, mais qui pose problème lorsque le rapport bénéfices-risques du médicament concerné est douteux.
Cette visite médicale doit-elle cesser, comme le demande Martin Hirsch ? Doit-elle être remplacée par un renforcement de la formation médicale continue, qui est elle aussi actuellement quasi-exclusivement financée par l’industrie pharmaceutique ? Ou la situation actuelle peut-elle perdurer, mais à condition de “renforcer son encadrement“,
comme l’a évoqué Xavier Bertrand, et de proposer aux médecins une formation complémentaire indépendante de ces laboratoires ?
Conflits d’intérêt : s’inspirer du Sunshine Act américain ?
Les conflits d’intérêt des experts intervenant dans le circuit du médicament ne sont pas encore systématiquement mentionnés, malgré l’obligation faite par la loi depuis 4 ans. De plus cette disposition n’oblige pas l’industrie pharmaceutique à renseigner les liens et les sommes engagées auprès d’experts ou d’associations.C’est pourtant ces liaisons qui nourrissent, à tort ou à raison, de nombreux soupçons quant à certaines prises de position : achats massifs de vaccins contre la grippe A et utilisation du Tamiflu ® en 2009, autorisations de mise sur le marché de médicaments pas plus efficaces que la molécule de référence, retraits tardifs, prix élevé attribué à tel ou tel médicament, occultation d’études négatives, etc.Face à cette situation, le Leem se dit favorable, sur le modèle du Sunshine Act américain, à rendre publique l’intégralité des contrats passés entre les experts scientifiques, les associations et les laboratoires. En conclusion, comme l’a souligné Mr Lajoux, la santé du patient doit passer avant toute autre considération. Par son rôle d’accélérateur des réflexions et prises de décision, la crise pourrait rappeler cette évidence, en remettant au centre le principal paramètre : le rapport bénéfices-risques de chaque médicament. Jean-Philippe RivièreSource : Conférence de presse du Leem avec Christian Lajoux, 31 janvier 2011 (
reprise sur le site du Leem)Click Here: cheap nsw blues jersey